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Journée mondiale de lutte contre le sida : où en est l’épidémie dans le monde ?

VIRUS - Dans un rapport publié lundi, l'organisation de l'ONU chargée de la lutte contre le sida alertait sur la trop lente décrue des nouvelles infections au VIH. À l'occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida, LCI fait le point sur l'évolution de cette pandémie dans le monde.

On espérait voir le sida disparaître à jamais d'ici à 2030. Selon l'ONU, il n'en sera finalement rien. Un rapport publié lundi par Onusida, l'organisation de l'ONU chargée de la lutte contre le sida, alerte sur la trop lente inflexion des courbes des infections au VIH. 

"Malgré l'engagement pris au niveau mondial de réduire le nombre de décès liés au sida et de nouvelles infections par le VIH à moins de 500.000 d'ici à la fin de 2020, 680.000 personnes sont mortes de maladies liées au sida l'année dernière et 1,5 million de personnes ont été nouvellement infectées par le VIH", déplore Onusida dans son rapport.

Quand la pandémie de Covid-19 bouleverse le dépistage du Sida

Pour autant, souligne Onusida dans son rapport, ces nouvelles contaminations pourraient être largement sous-estimées en raison de la pandémie de Covid-19. 

"Les confinements et autres restrictions liés au Covid-19 ont gravement perturbé le dépistage du VIH, ce qui a entraîné dans de nombreux pays des baisses spectaculaires du nombre de diagnostics du VIH, des orientations vers les services de soins et des déclenchements de traitement du VIH", indique Onusida. Le déploiement de dizaines de milliers de soignants habilités à dépister le VIH vers les services de dépistage du Covid a également largement participé, selon l'organisation, à la diminution des diagnostics du VIH et, de facto, au déclenchement de traitements. 

Rien qu'en France, le nombre de découvertes de séropositivité VIH en 2020 a été estimé à 4856, soit une diminution de 22% par rapport à 2019. Avec 5,2 millions de sérologies VIH réalisées par les laboratoires de biologie médicale, l’activité de dépistage du VIH, qui avait augmenté entre 2013 et 2019, a diminué de 14% entre 2019 et 2020. 

"La diminution du nombre de diagnostics d’infection à VIH est principalement expliquée par la diminution du recours au dépistage en 2020, notamment lors du premier confinement", explique Florence Lot, de la direction des maladies infectieuses de Santé publique France, citée dans le communiqué. Elle pourrait aussi s'expliquer par "une chute de la participation des professionnels de santé aux différents systèmes de surveillance" et par "une moindre exposition au VIH liée aux mesures de distanciation sociale." Les nouvelles infections en baisse de 31% sur

Les nouvelles infections en baisse de 31% sur 10 ans

Si les conséquences de la pandémie ont été désastreuses sur le plan du sida, les différents graphiques présentés dans le rapport montrent malgré tout une baisse constante et encourageante des nouvelles contaminations et du nombre de décès. 

 "Le déploiement mondial du traitement contre le VIH a sauvé des millions de vies : on estime que 16,6 millions de décès liés au sida ont été évités au cours des deux dernières décennies, dont une baisse de 47 % de la mortalité liée au sida depuis 2010", écrivent ainsi les auteurs du rapport. Les nouvelles infections, elles, ont chuté de 31% depuis cette même année. 

Néanmoins, ces progrès restent inégaux selon les régions du monde. Alors que depuis 10 ans, le sida nettement dans le monde, certaines régions font figure d'exception. L'Europe de l'Est et l'Asie centrale ont ainsi connu, entre 2010 et 2020, une augmentation de 43% des nouvelles infections au VIH et de 32% des décès. 

"Les épidémies dans de grandes parties de l'Europe de l'Est et de l'Asie centrale se sont développées en dépit de graves obstacles juridiques et politiques et d'une attention insuffisante aux besoins des personnes qui s'injectent des drogues et des homosexuels et autres hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes", regrette l'Onusida. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, les nouvelles infections ont aussi grimpé de 7%. 

Les consommatrices et consommateurs de drogues injectables, les femmes transgenres, les professionnels et professionnelles du sexe, les gays et autres hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, ainsi que les partenaires sexuels de ces populations, représentaient 65 % des nouvelles infections dans le monde, rapporte l'Onusida. 

 En Afrique subsaharienne, qui abrite les deux tiers (67 %) des personnes vivant avec le VIH, le profil des personnes nouvellement diagnostiquées diffère. Les adolescentes et les jeunes femmes représentent 25% de toutes les nouvelles infections au VIH dans la région, alors même qu'elles ne représentent que 10% de la population. Pour l'Onusida, "la pauvreté et le manque de scolarisation" en sont en grande partie responsables. L'organisation recensait aussi en 2020 37,7 millions de personnes vivant avec le VIH, dont 10,2 millions qui n'étaient pas sous traitement contre le VIH. Parmi elles, environ 4,1 millions ne connaissaient pas leur séropositivité et 6,1 millions la connaissaient mais ne pouvaient pas accéder au traitement.

7,7 millions de nouveaux décès d'ici à 2030 sans évolution notable

L'organisation, qui proposé l'an dernier de nouveaux objectifs pour 2025, notamment un accès à des options de prévention appropriées (préservatifs, médicaments...) pour 95% des personnes à risque et marginalisées, estime que les "actions convenues ne sont pas menées à la vitesse et à l'échelle requises". Pour leurs auteurs du rapport, "il n'y a pas de temps à perdre", alors que "la pandémie de sida pourrait tuer des millions de personnes dans les années à venir si nous n'agissons pas dans l'urgence". L'Onusida chiffre à 7,7 millions le nombre de décès qui pourraient être liés au sida entre 2021 et 2030 si la couverture des services de prévention et des traitements restait aux niveaux de 2019. 

En revanche, si la stratégie mondiale de lutte contre le sida était exécutée et les objectifs de 2025 atteints, l'Onusida estime qu'au moins 4,6 millions de ces vies peuvent être sauvées au cours de la décennie. 

L'annonce en août dernier par Moderna du lancement d'une phase 1 d'essais cliniques pour un vaccin contre le VIH, basé sur la technologie ARN messager, a notamment suscité un vent d'espoir dans la lutte contre le sida. Cette phase devrait prendre fin le 1er avril 2023 et être suivie le cas échéant de deux autres phases nécessaires avant toute mise sur le marché.

Publié le 01/12/2021   LCI